Et si réussir sa vie, c’était savoir quand c’est assez?

Et si réussir sa vie, c’était savoir quand c’est assez?

On veut réussir. Avoir une carrière qui nous stimule. Faire de l’argent. Être indépendantes. Créer quelque chose dont on est fières.

Mais on veut aussi ralentir... Être présentes avec nos enfants. Avoir de l’énergie. Voir nos amies. Voyager. Prendre un café lentement le matin. Faire un souper qui s’éternise. Ne rien faire sans avoir l’impression qu’on devrait être en train de faire quelque chose.

Et parfois, ces deux versions de nous semblent complètement incompatibles.

Comment être ambitieuse sans passer sa vie à courir?

C’est une question que je me pose beaucoup ces temps-ci. Le problème n’est peut-être pas l’ambition en elle même.

J’aime travailler. J’aime créer, entreprendre, avoir des idées et les voir devenir quelque chose de réel. Je n’ai pas envie d’une vie où je ne fais rien.

Et pourtant, je ressens aussi profondément le besoin de douceur, d’espace et de liberté. Pendant longtemps, j’ai cru que ces deux besoins étaient contradictoires. Mais je commence à comprendre quelque chose : Mon ambition n’est peut-être pas le problème. Le vrai problème, c’est lorsqu’elle n’a aucun point d’arrêt.

Parce qu’il y aura toujours un prochain niveau. Une entreprise peut toujours être plus grosse. On peut toujours gagner davantage. Avoir plus de clients. Créer plus. Faire plus. Développer une nouvelle idée. Atteindre un objectif… puis en inventer immédiatement un autre.

Et quand on est une personne performante, le danger est encore plus grand. Parce que très souvent, la réponse à la question « Est-ce que je suis capable d’en faire plus? » est :

Oui.

Mais est-ce vraiment la bonne question? Peut-être qu’on n’a pas besoin de faire tout ce dont on est capables. De saturer nos vies à faire toujours plus et à optimiser…

Cette phrase m’a arrêtée.

Parce qu’être capable de porter quelque chose ne signifie pas qu’on devrait le porter. Être capable de travailler davantage ne signifie pas qu’on devrait travailler davantage. Être capable de faire grossir son entreprise ne signifie pas nécessairement qu’on veut la vie qui vient avec une plus grosse entreprise.

Alors j’essaie maintenant de remplacer une question : Est-ce que je peux en faire plus?

par une autre : Qu’est-ce que ce « plus » va me coûter?

Est-ce qu’il va me coûter mes matins? Mon énergie? Ma créativité? Ma présence avec mes enfants? Mes soupers avec mes amies? Ma liberté? Ma paix?

Parce qu’un projet peut être rentable financièrement et être extrêmement coûteux ailleurs.

Il existe plusieurs façons d’être riche

On pense spontanément à l’argent lorsqu’on parle de richesse, mais imaginons plutôt cinq comptes bancaires :

Argent.
Temps.
Énergie.
Liberté.
Relations.

Et si notre objectif n’était pas d’avoir 10/10 partout?

Parce que, soyons réalistes : essayer d’avoir 10 partout est probablement une excellente façon de s’épuiser.

Pour faire passer notre compte « argent » de 7 à 10, il faudra peut-être faire passer notre temps de 7 à 4. Notre énergie de 8 à 5. Notre liberté de 8 à 6.

Sur papier, nous serons devenues plus riches, mais dans notre vie? Peut-être pas.

Et si la vraie réussite consistait plutôt à ne devenir pauvre dans rien de ce qui est essentiel pour nous?

Définir son « assez »

C’est probablement l’exercice le plus difficile lorsqu’on est ambitieuse. À quel moment est-ce assez?

Assez d’argent. Assez de travail. Assez de croissance. Assez de reconnaissance. Assez de choses. Parce que tant qu’on ne définit pas notre « assez », la ligne d’arrivée peut avancer indéfiniment.

80K devient 100K. 100K devient 150K.

Puis on regarde quelqu’un qui a 300K et, soudainement, notre 150K ne semble plus suffisant, mais lorsque notre « assez » est défini, quelque chose change.

On peut continuer à grandir. On peut continuer à gagner davantage. On peut continuer à rêver grand. Simplement, le « plus » cesse d’être automatiquement synonyme de « mieux ».

Il doit maintenant mériter sa place.

Il y a des choses qu’on pourra refaire plus tard. D’autres, non. Cette réflexion devient encore plus forte lorsqu’on pense au temps. Une entreprise peut être créée à 45 ans. Ou à 50. On peut changer de carrière. Lancer une idée. Faire plus d’argent. Voyager. Recommencer.

Par contre, certaines périodes de notre vie ne repasseront jamais. Nos enfants ne garderont pas éternellement 5 ans, 10 ans ou 15 ans. Nos parents ne seront pas toujours là. Certaines amitiés ont besoin qu’on leur fasse de la place maintenant.

Et nous-mêmes ne serons jamais exactement cette version de nous à nouveau. Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner nos ambitions. Peut-être simplement qu’il faut arrêter de vivre aujourd’hui comme une période de préparation à une vie dont on profiterait éventuellement.

Une partie du « plus tard » doit déjà exister maintenant.

Une autre forme de discipline

On associe souvent la discipline à l’effort. Se lever. Continuer. Travailler. Persévérer. Faire ce qu’il faut même quand c’est difficile, mais pour certaines d’entre nous, ce n’est peut-être plus la discipline dont nous avons besoin.

Nous savons déjà travailler fort. Nous savons déjà nous dépasser. Nous savons déjà remplir nos journées.

Peut-être que notre prochaine forme de discipline ressemble plutôt à ceci : Savoir qu’on pourrait en faire plus et décider que c’est assez.

Fermer l’ordinateur. Dire non à une opportunité pourtant intéressante. Garder un matin vide. Ne pas transformer chaque passion en projet rentable. Faire quelque chose simplement parce que ça fait du bien, et ne pas culpabiliser de ne pas optimiser chaque parcelle de notre vie.

Ce n’est pas manquer d’ambition. C’est mettre notre ambition à la bonne place.

Alors, à quoi ressemble une vie réussie?

Je ne pense plus que ma réponse soit « la plus grosse possible ». Pourtant ça l’a déjà été! Je pense qu’elle ressemble davantage à une vie riche de gens que j’aime. Des enfants qui jouent autour de nous. Des soupers qui durent trop longtemps. De la bonne nourriture. Des projets qui m’allument. Du travail créatif. De l’argent en quantité suffisante pour me sentir libre. Des matins où je peux respirer. Une maison dans laquelle je me sens bien. Des moments où je n’ai rien à prouver. Et encore beaucoup de rêves.

Je veux continuer à créer. Continuer à entreprendre. Continuer à avoir de l’ambition, mais je veux apprendre à protéger ma vie contre cette partie de moi qui croit parfois que plus sera forcément mieux.

Parce qu’au fond, peut-être que réussir sa vie n’est pas d’arriver à tout avoir. C’est de savoir ce qui compte suffisamment pour être protégé. Et de construire le reste autour.


Une question à garder avec soi

La prochaine fois que tu te surprends à vouloir encore plus, demande-toi : Est-ce que ce que je poursuis va réellement améliorer la vie que je veux vivre?

Ou est-ce que je recommence simplement à courir?

Chez Pyvaya, on parle souvent de ralentir. Pas pour faire moins de sa vie. Pas pour devenir moins ambitieuse. Mais plutôt pour laisser suffisamment d’espace à ce qui la rend douce et appréciable. Parce qu’une vie douce n’a pas besoin d’être une petite vie.

 

Avec Douceur,

Mylène & Carolane xx