Éloge de l'été inutile : petite réconciliation avec le temps

Éloge de l'été inutile : petite réconciliation avec le temps

Petit éloge estival de la lenteur, du flou et des journées qui ne servent à rien et qui pourtant nous sauvent.

Nous sommes devenus les gestionnaires de nos propres journées

Il y a quelque chose d'un peu absurde dans la façon dont nous vivons le temps aujourd'hui. Nous avons inventé mille outils pour en gagner : la livraison en trois clics, le podcast en x2, la série en fond sonore pendant qu'on plie le linge et pourtant, personne autour de nous ne semble avoir gagné quoi que ce soit. Personne ne dit : « Depuis que j'ai tout ce temps libre, je ne sais plus quoi en faire. » Au contraire. On dirait que chaque minute récupérée est aussitôt réinvestie dans une tâche de plus.

C'est peut-être ça, le vrai paradoxe de notre génération : avoir conçu des dizaines de façons d'accélérer, pour finalement passer nos vies à courir après le temps qu'on croyait avoir économisé.

La vie ne sait pas accélérer

On a beau optimiser nos matinées, nos trajets, nos repas la vie, elle, garde son rythme. Elle ne va pas plus vite parce qu'on a un agenda plus chargé. Un coucher de soleil dure ce qu'il dure. Un fou rire ne regarde jamais sa montre avant de commencer. Et un enfant qui met ses bottes prendra le temps qu'il faut, même surtout si vous êtes déjà en retard, quitte à vous raconter une histoire de dragon au passage.

Peut-être que les enfants essaient, sans le savoir, de nous rappeler quelque chose d'essentiel. Pendant que nous sommes trop occupés à leur répéter de se dépêcher, ce sont eux, en réalité, qui ont raison sur ce point.

Et si c'était nous, les retardataires ?

On aime croire qu'on manque de temps. Mais si on inversait la question : et si c'était nous qui étions en retard en retard pour vivre, en retard pour vraiment profiter des gens qu'on aime ? Car plus on remplit une journée, moins il reste de place pour la vivre pleinement. Ce n'est pas une question de minutes en plus. C'est une question d'espace qu'on laisse ou qu'on ne laisse pas à ce qui compte.

Les vacances, ce dernier refuge

C'est peut-être pour ça que l'été garde une place à part. Les vacances sont sans doute l'un des derniers moments où l'on s'autorise encore à « perdre » son temps sans arrière-pensée : une glace qui fond sur les doigts, un réveil tardif, l'oubli complet du jour de la semaine. Ce ne sont pas des détails anodins. C'est une forme de désobéissance douce à un quotidien qui nous pousse sans cesse à rentabiliser chaque heure.

Et si on regarde nos souvenirs d'enfance les plus précieux, beaucoup d'entre eux ont justement été fabriqués avec du temps qui ne servait absolument à rien. C'est peut-être précisément pour ça qu'ils comptent autant aujourd'hui.

Ne rien optimiser, pour une fois

Alors cet été, l'idée n'est pas de culpabiliser de ne pas être assez productif pendant ses vacances bien au contraire. L'idée, c'est peut-être d'oser autre chose : gaspiller un peu de temps, merveilleusement bien. Regarder les nuages sans autre objectif que de les regarder. Écouter une histoire trop longue jusqu'au bout. Ne rien optimiser, pour une fois.

Ce n'est pas de la paresse. C'est peut-être la seule vraie forme de luxe qu'il nous reste : le temps qui ne rapporte rien, et qui pour cette raison même, nous rapporte tout.


Et vous ? Quelle est la chose absolument inutile que vous avez envie de faire cet été ?

Avec douceur, Mylène & Carolane xx