Vers une vie émotionnellement consciente
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On aime croire que nos émotions nous appartiennent. Qu’elles restent à l’intérieur.
Qu’elles n’affectent personne d’autre que nous. En réalité, ce n’est pas ainsi que l’humain fonctionne.
Nos émotions circulent. Elles se transmettent. Elles influencent, souvent sans un mot. Ce que nous dégageons à un impact réel sur l’état intérieur des autres : leur stress, leur motivation, leur capacité à avancer.
Les émotions ne sont jamais neutres
Le cerveau humain est conçu pour capter l’état émotionnel de son environnement. C’est un mécanisme de survie : observer, ressentir, s’ajuster. Les neurones miroirs jouent ici un rôle clé.
Nous ressentons avant de comprendre. Le corps perçoit l’ambiance bien avant que l’esprit ne l’analyse.
Une tension constante. Une lourdeur diffuse. Un climat émotionnel instable.
Rien n’est dit, mais tout est déjà absorbé.
Les émotions miroirs et la contagion du stress
La chercheuse en neurosciences, Sonia Lupien, explique que le stress et l’humeur sont hautement contagieux. Le système nerveux réagit au stress de l’autre comme s’il s’agissait d’une menace personnelle, même lorsque la situation ne nous concerne pas directement.
Le corps ne distingue pas toujours ce qui est « à nous » de ce qui est « autour de nous ».
C’est particulièrement vrai dans les relations proches : famille, couple, amis, milieu de travail. Plus le lien est fort, plus l’impact est profond.
L’environnement façonne notre performance et notre état intérieur
De nombreuses études en psychologie sociale et organisationnelle démontrent que notre niveau d’engagement, de concentration et d’élan varie selon les personnes qui nous entourent.
La proximité physique avec des personnes engagées, alignées ou émotionnellement régulées tend à élever notre propre état intérieur. On parle dans certaines études de 15% d’augmentation...
À l’inverse, évoluer auprès de personnes négatives, désengagées, épuisées ou cyniques finit par nous affecter, et ce même lorsque nous croyons être solides ou indépendants émotionnellement. Et ici on parle d’une baisse de 30%... C’est énorme.
Ce n’est pas une question de force de caractère. C’est une question d’exposition et de contamination.
Pourquoi la négativité pèse plus lourd que le positif
Le cerveau humain possède un biais de négativité. Il accorde naturellement plus d’attention à ce qui est perçu comme une menace.
Une émotion négative laisse une empreinte plus forte. Elle dure plus longtemps. Elle demande plus d’énergie pour être régulée.
Il faut plusieurs expériences positives pour contrebalancer une seule expérience négative marquante. Voilà pourquoi un climat émotionnel lourd épuise, même lorsqu’il est ponctué de bons moments.
Nous sommes la moyenne des 5 personnes que nous fréquentons le plus
Cette idée repose sur une réalité neurologique et émotionnelle.
À force de proximité, nous adoptons:
- le rythme émotionnel des autres
- leur manière de réagir au stress
- leur vision du possible
- leur tolérance à la fatigue et à la tension
Ce n’est pas que nous perdons notre identité. C’est que nous nous ajustons pour survivre et appartenir et c’est profondément humain.
L’énergie : notre ressource la plus précieuse
Au-delà des émotions, il y a l’énergie.
L’énergie au sens psychologique et physiologique :
notre attention, notre disponibilité mentale, notre capacité à soutenir, écouter, encaisser.
Cette énergie est une ressource épuisable.
Chaque interaction nous en demande. Certaines nous nourrissent. D’autres en consomment énormément.
Lorsque nous donnons notre énergie sans conscience, soit; par habitude, par loyauté, par culpabilité. Nous ne sommes pas généreux, nous sommes en train de nous vider.
Et ce déficit finit toujours par se manifester dans notre propre vie :
- irritabilité
- fatigue chronique
- perte de clarté
- désengagement émotionnel
Ce n’est pas l’autre qui nous vide. C’est le manque de limites dans la façon dont nous distribuons notre énergie.
Choisir où et comment investir son énergie
Choisir ses relations, ses environnements et ses engagements, ce n’est pas se fermer.
C’est se préserver.
Mettre de l’énergie là où il y a du respect, de la réciprocité et un minimum de régulation émotionnelle n’est pas un luxe. C’est une condition pour rester entier.
Donner sans conscience mène à l’épuisement. Donner avec discernement permet la durabilité.
Voyez votre énergie comme un compte bancaire; si j’ai 1000$ et que je le donne à tous et à chacun et bien je n’ai plus rien et si je poursuis en donnant à crédit et bien rapidement c’est problématique…
L’impact sur notre famille et nos enfants
Nos enfants ne font pas ce que nous disons. Ils s’accordent à ce que nous sommes.
Ils ressentent notre niveau de présence réelle, notre fatigue émotionnelle, notre tension intérieure. Ils s’ajustent à notre système nerveux.
Prendre soin de son énergie n’est pas égoïste. C’est une responsabilité relationnelle.
Des adultes épuisés transmettent de l’épuisement. Des adultes régulés offrent un espace sécurisant.
Il ne s’agit pas d’être calme en tout temps. Il ne s’agit pas de masquer ses émotions.
Il s’agit d’être conscient de l’impact que l’on a, et de reconnaître que notre état intérieur déborde toujours sur les autres.
Se respecter sur le plan énergétique, c’est aussi respecter les autres.
Lorsqu’une personne va bien et qu’elle reçoit soudainement un message chargé de détresse ou de panique, son état intérieur bascule en quelques secondes. Le système nerveux s’active, la tension monte, l’équilibre se fragilise, et ce même si la situation ne la concerne pas directement.
Nos états émotionnels sont perméables. Ils débordent. Ils contaminent malgré nous.
On pourrait l’imager simplement : lorsqu’on est dans un état calme, clair, stable, et qu’on reçoit un message de quelqu’un en surcharge émotionnelle, cet équilibre est rapidement ébranlé. Le calme ne disparaît pas par faiblesse, mais par exposition.
C’est pourquoi l’autorégulation n’est pas qu’un acte personnel. C’est un acte relationnel. Nos humeurs éclaboussent les autres, et ces personnes n’ont rien demandé. Elles n’ont pas à porter, contenir ou gérer ce qui ne leur appartient pas.
En conclusion
Nous laissons tous une empreinte émotionnelle.
Dans une pièce. Dans une relation. Dans une famille. Dans un travail.
Choisir les personnes que l’on fréquente, choisir les environnements que l’on nourrit,
et choisir où l’on investit son énergie, c’est choisir la qualité de sa vie.
Et souvent, le changement le plus puissant ne commence pas à l’extérieur,
mais dans la façon dont nous décidons de nous préserver. Et selon nous il y a là la base d’une vie équilibrée et plus aligné sur qui nous sommes et ce que nous voulons devenir.
Avec douceur,
Mylène et Carolane XX